Poursuite oculaire
Mis à jour le
Le BSEDS comporte l'évaluation clinique de la poursuite oculaire (demander à l'enfant de suivre avec les yeux un objet se déplaçant lentement en formant une figure de 8 horizontal)
En bref
- Attesté par : 1 document (DGS) — niveau de preuve : Avis d'experts
Cadre clinique
La poursuite oculaire est une compétence cognitive d’apparition précoce, essentielle pour le développement visuel et cognitif de l’enfant. Elle consiste en la capacité à suivre du regard un objet en mouvement de manière fluide et coordonnée. Chez le nouveau-né, les saccades sont prédominantes, mais la poursuite oculaire se stabilise progressivement durant le deuxième mois de vie. Vers 4 mois, la poursuite horizontale approche celle de l’adulte, et à 5 mois, l’enfant utilise davantage sa tête pour poursuivre un objet [5].
Les troubles de la poursuite oculaire peuvent être liés à divers facteurs, notamment des déficits d’attention, des troubles du neurodéveloppement, ou des anomalies visuelles comme le strabisme et l’amblyopie. Ces troubles peuvent perturber la saisie visuelle, l’exploration de la scène et certaines notions spatiales, affectant ainsi les apprentissages scolaires et l’estime de soi [6].
Repères épidémiologiques
Entre 15% et 20% des enfants présentent des difficultés de poursuite oculaire lors de l’évaluation clinique en grande section de maternelle (GS). Ces difficultés sont associées à des performances plus basses à plusieurs épreuves du Bilan de Santé Évaluation du Développement pour la Scolarité (BSEDS), notamment à une épreuve visuelle de reproduction de trajets et à l’épreuve de conscience phonologique. Les enfants avec des difficultés de poursuite oculaire sont également signalés plus souvent par les enseignants comme distraits, avec des problèmes de concentration et des difficultés d’apprentissage [1].
Chez les grands prématurés, la poursuite visuelle à l’âge corrigé de 4 mois et la fixation du regard sont des éléments prédictifs significatifs du neurodéveloppement ultérieur, notamment pour les fonctions cognitives, le langage et la motricité fine. Cependant, aucun paramètre de poursuite visuelle n’a été associé au sous-test de motricité globale [2].
Diagnostic et évaluation
L’évaluation clinique de la poursuite oculaire peut être réalisée à l’aide du BSEDS, qui demande à l’enfant de suivre avec les yeux un objet se déplaçant lentement en formant une figure de 8 horizontal. Cette évaluation permet de vérifier la qualité de la mobilité binoculaire, la perte de la cible visuelle, la capacité de dissociation du mouvement oculaire du mouvement céphalique, et la fluidité des saccades [1] [3].
Chez les nouveau-nés et les jeunes enfants, les signes d’alerte incluent une poursuite oculaire médiocre ou inexistante, des épisodes de décrochage, un nystagmus, un strabisme permanent, et des anomalies du comportement comme un manque d’intérêt aux stimuli visuels ou un plafonnement du regard. Ces signes nécessitent une évaluation ophtalmologique pour écarter des troubles visuels sous-jacents [4].
Interventions recommandées
La prise en charge des troubles de la poursuite oculaire dépend de leur origine. En cas de déficit d’attention, une évaluation par un professionnel de santé spécialisé peut être nécessaire. Pour les troubles visuels comme le strabisme ou l’amblyopie, une prise en charge ophtalmologique précoce est essentielle pour préserver la vision binoculaire. Plus la prise en charge est précoce, meilleur est le pronostic [5].
Des études ont montré que l’évaluation systématique de la poursuite oculaire par l’eye tracking pourrait améliorer le repérage des enfants à risque de troubles du neurodéveloppement. Cependant, cette technique est pour l’instant utilisée uniquement dans le cadre de protocoles de recherche et nécessite des études supplémentaires avant de recommander son utilisation en pratique clinique [2].
Cadre légal et droits
Les troubles de la poursuite oculaire peuvent être associés à des troubles du neurodéveloppement, qui sont reconnus comme des affections de longue durée (ALD). En France, les enfants atteints de troubles du neurodéveloppement peuvent bénéficier d’une prise en charge spécifique et d’un accompagnement adapté dans le cadre scolaire et médical. Les parents peuvent solliciter la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) pour obtenir des droits et des aides adaptés aux besoins de leur enfant [3].
Les sources disponibles ne précisent pas les droits spécifiques liés aux troubles de la poursuite oculaire en dehors du cadre des troubles du neurodéveloppement.